Pas tous égaux face aux nouvelles technologies

« La nouvelle fracture numérique n'est pas 
entre ceux qui peuvent s'offrir les machines 
et les services et ceux qui ne le peuvent 
pas, mais entre ceux qui savent les utiliser 
à leur avantage et ceux qui sont victimes 
de la surinformation. Ce n'est pas un 
problème entre ceux qui « possèdent » et 
les autres, mais entre ceux qui « savent » 
et les autres »
.
Howard Rheingold

Au début de l'internet, les enseignants, les personnels de direction, les éducateurs ont beaucoup parlé du problème de fracture numérique. C'est à dire le fossé qui existe entre ceux qui ont les moyens d'être équipés en matériel (ordinateur, tablette, connexion) et ceux qui ne peuvent pas se les offrir. On redoutait, à juste titre, que cela creuse encore plus les inégalités entre les élèves issus de milieux sociaux différents. L'école avait alors comme ambition de proposer un accès aux nouvelles technologies et au web pour tous.

Or il semble aujourd'hui qu'une nouvelle fracture numérique émerge. Elle ne concerne plus seulement le niveau d'équipement mais les usages de ces outils. Un ordinateur ou l'internet ne sont pas une fin en soi mais des outils qui peuvent servir à se divertir, découvrir le monde, s' informer, se cultiver ou  apprendre. Et c'est là justement que s'opère la différence :  
Des études montrent  que les enfants des familles défavorisées passent beaucoup plus de temps (90 min/jours) devant les médias (internet, jeux vidéos, TV) que ceux des familles plus favorisées socio-économiquement. C'est ce qu'on peut appeler  le fossé du temps gaspillé. Ce fossé semble se creuser avec la démocratisation des nouveaux outils puisqu'en 1999 la différence n'était que de 16 minutes par jour.
Les enfants de familles défavorisées ont  tendance à davantage utiliser ces technologies pour s'amuser, se divertir, se connecter à des sites de jeux ou des réseaux sociaux. Tandis que ceux dont les parents, avertis, les surveillent et en limitent l'utilisation, vont eux plutôt en profiter pour se cultiver ou créer du contenu. L'étude démontre que cela a des répercussions sur la scolarité. 

On voit donc ici que, comme le dit Xavier de La Porte, l'accès à l'internet ne peut pas être la seule politique numérique de l'école. Le rôle de celle ci est d'éduquer aux usages et de former des citoyens éclairés.
Les enseignants essaient de prendre en compte l'hétérogénéité de leurs élèves. Cela passe par l'évaluation, l'accompagnement individualisé, mais aussi par la connaissance d'études telles que celle ci.
Tandis que la profession de professeur documentaliste est trop souvent remise en cause, prétendre attendre l'université pour éduquer et former à la culture de l'information est une aberration.  Les CDI peuvent et doivent être un des lieux majeurs de développement de la curiosité intellectuelle et de formation à l'esprit critique. Permettre aux élèves d'avoir conscience de leurs implications en matière de comportement et de responsabilité c'est mon travail de professeur documentaliste au quotidien.

Je vous conseille la lecture de l'article de Xavier de La Porte :


ou la réécoute de sa chronique dans son émission "Place de la Toile" sur France Culture samedi dernier. C'est à la 38e minute :  
Cliquez ici pour accéder à l'émission





Commentaires

  1. Philippe Godard10 juin 2012 à 09:32

    Bravo pour cette mise au point ! C'est en effet ce que l'on constate sans équivoque lors des rencontres avec les jeunes. D'une façon générale, l'un des problèmes que posent toutes les nouvelles technologies est que les observateurs officiels mettent du temps à comprendre que la mesure de leur usage ne doit pas être uniquement quantitative. Ils se font comme idée que si on passe trois heures par jour devant un écran, il importe peu que ce soit devant tel programme ou telle émission. Or, cela est manifestement erroné du point de vue de l'émancipation de l'utilisateur de la technologie en question. En l'occurrence, jouer trois heures par jour à Call of Duty, regarder des films réalistes italiens en streaming ou se taper de la pornographie gratuite à gogo ne sont pas des activités équivalentes. Il n'est pas question ici d'élitisme, pas du tout : c'est l'émancipation de l'utilisateur qui se dessine dans certaines activités (lesquelles demandent alors des "pré-requis" qu'il est hélas de plus en plus difficile d'obtenir en dehors de l'école), alors que dans d'autres activités, se joue l'abrutissement de l'utilisateur de l'écran dans l'illusion qui se déroule sous ses yeux. On ne peut que recommander la lecture de "L'empire de l'illusion", de Chris Hedges (Lux éditeur, 2012) en complément de cet excellent article ! Merci.
    Philippe Godard

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